Pour ceux qui étaient nous, l’écho lointain du souvenir résonne dans nos mémoires grâce au langage silencieux des images de Philippe Morillon. Les nombreux condamnés à mort à venir revivent sous nos yeux dans toute la splen­deur de leur insouciance superficielle et de leurs paradis souvent artificiels. Il est poi­gnant de penser qu’il leur restait si peu de temps à vivre dans la fièvre de cette eupho­rie presque angoissante.

Les bals du Palace n’avaient pas de spon­sors. Les bénéfices (d’ailleurs il n’y en avait pas) n’étaient pas destinés à des œuvres humanitaires. C’était la fête pour la fête, payée par celui qui pouvait payer.
Paris avait ses stars et quelques météores de passage mais l’idée «red carpet» n’existait pas et l’expression « icône » était encore réservée aux peintures des églises ortho­doxes. Philippe Morillon laisse une vision assez élégante d’une époque éphémère qui pouvait aussi être sordide par moments mais qui fait rêver aujourd’hui.

Le «politiquement correct» avec son cor­tège de comportements hypocrites était encore à venir. Il n’y avait que la «rive droite» et la «rive gauche». Grâce à Fabrice Emaer, la Nuit s’était installée « rive droite » (d’abord avec le Club 7, rue Sainte-Anne et, en 1978, avec le Palace, rue du Faubourg-Montmartre).
Le sida, la gauche caviar et une paralysie progressive des esprits ont changé cette forme de vie et de vivre à tout jamais. À la place de cette insouciance dangereuse nous avons hérité d’une gravité de surface stérilisante.

Il n’était pas défendu à l’époque de fumer dans un lieu public. Imaginez les fêtes du Palace sans cigarettes ni joints… Successivement se sont éteints les feux de la rampe d’une fête qui ne pouvait durer et qui a trouvé en Philippe Morillon son meilleur biographe. Ces images qui, d’une main silencieuse, nous montrent une époque que beaucoup aujourd’hui n’ont pas connue. Philippe a su retenir ce qui allait s’effacer au détriment d’une légende sans image : une vision parfaite d’un ancien réel. Ses photos nous évitent les cli­chés banals de la mémoire collective et les idées toutes faites sur un certain passé, cer­tainement pas parfait, mais si différent de notre présent.

 

Un livre de la nuit
où nous entrons
par les portes fermées
du souvenir.

 

Il nous fait supporter avec légèreté le poids de ce qui n’existe plus. On se croyait à l’aube d’un futur qui fut différent et souvent injuste. Le Palace est aujourd’hui un joli théâtre, restauré avec le respect dû à un monument classé, mais rien ne subsiste de ces mystérieuses processions et de ces cortèges étranges qui y sont passés.

La pièce se jouait surtout dans la salle. Quand le rideau est tombé des deux côtés, il fallait sortir… Mais «dehors, c’est où ?» se demandaient les acteurs principaux et les figurants nom­breux de cette pièce qui s’était jouée à gui­chets fermés pendant ces courtes années de lumière.

Quand on est allés loin, très loin, trop loin, le retour est difficile, impossible parfois. On rend hommage (activité très prisée de nos jours) à un passé sulfureux qu’on aurait tendance à condamner s’il avait lieu aujourd’hui, mais que l’on serait égale­ment incapable de ressusciter dans toute sa légèreté apparente.

Le livre de Philippe Morillon est un livre de la nuit où nous entrons par les portes fer­mées du souvenir. On a l’impression – peut-être trompeuse ? – que l’activité principale de ce petit monde, pas uniquement fait de mondains, était de sortir, de sortir et encore sortir. Il fallait vivre les nuits comme des sorti­lèges et se sentir en marge de la banalité du quotidien.

Ces images sont comme le brouillon d’un texte mis au net plus de trente ans après cer­tainement beaucoup d’abandons entre les marges et les vides. Les nuits n’étaient jamais trop longues puisque le jour n’avait pas l’air d’exister. Le réveil à la lucidité était pour plus tard (souvent trop tard). Le temps qui restait n’était pas le même pour tous. Il est dangereux d’abuser de la lumière et ses reflets aveuglants. C’était un univers hétéroclite et fermé à la fois. L’originalité, la beauté et la jeunesse étaient les atouts importants pour en faire partie. Ces images sont plus fortes que les dis­cours des rescapés, souvent trop chargés d’émotions et de jugements posthumes. Ici, pas de Photoshop du passé. C’était ainsi. J’y étais !

 

Karl Lagerfeld

Une sélection de photographies
du livre à été exposée en 2009
Chez Pierre Passebon à la Galerie du Passage,
26 galerie Véro-Dodat, Paris 75002


Librairie 7L
7 rue de Lille
75007 Paris
Tel. 01 42 92 03 58

SAYWHO Gallery

Saywho Gallery est la première galerie digitale dédiée à la photographie mondaine et relationnelle. S’intéressant à ce phénomène dès ses débuts jusqu’à l’époque contemporaine en traitant à la fois les pratiques journalistiques et artistiques, elle propose en vente des tirages signés et numérotés par les photographes. Sa programmation cherche à mettre en valeur les différentes pratiques et approches de ce mouvement photographique qui documente la vie nocturne (et parfois diurne) de différentes familles résolues à devenir immortelles grâce à la magie de la photographie qui comme le disait Patrick Modiano «fixe le rêve pour toujours».


En 1968 Andy Warhol déclarait dans le catalogue de son exposition au Moderna Museet de Stockholm «À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale.» Celui qui dressa le portrait de sa génération afin de dit-il « se rappeler ou il était à tel instant précis, était un chroniqueur inlassable de la vie et des rencontres qu’elle offre. Transportant son appareil photo Polaroïd à peu près partout où il allait, il rassembla une immense collection d’instantanés montrant ses amis, ses amants, ses mécènes, des célébrités, des inconnus, des gens de la scène, de la mode et lui-même. Il ne savait peut-être pas alors que sa prédiction allait avoir lieu plusieurs dizaines d’années plus tard. Aujourd’hui toute une génération se voit désormais comme héritière d’Andy Warhol, reproduisant dans une nuit sans fin mais surtout sans frontières ce qui fit jadis le succès du visionnaire pop : se photographier soi et ses proches mais aussi proposer une contestation des codes artistiques établis en prônant un décloisonnement radical entre l’art et la vie tout en s’ouvrant à la banalité du quotidien.

Les années 80 et 90 sont immortalisées par Nan Goldin, Larry Clark ou encore Wolfgang Tillmans, puis une nouvelle scène voit le jour explorant de nouveaux territoires plus diffus et tout aussi fascinants. Là ou les anciens, proche de la photographie sociale et du photo journalisme ont crée un mouvement artistique, les nouveaux acteurs de cette pratique explorent de nouveaux champs d’action invoquant une forme d’amateurisme éclairée. Instagram en est un des terrains de prédilection. Avant Olivier Zahm il y eut Jean Pigozzi et bob colacello il y eut Billy Monk et ses images des clubs de Cape Town, le Montmartre de Brassai, Le journal photographique de Robert Frank ou celui de Nobuyoshi Araki , le journal filmé de Jonas Mekas et beaucoup d’autres. Plus qu’une pratique, il s’agit bien d’un courant photographique hérité du photojournalisme et dont le sujet a muté alors que l’outil s’est démocratisé. En reproduisant par mimetisme le même geste photographique nous formons parfois sans le savoir une grande famille, unie, aimée et amie. Le geste photographique partagé par tous signe un ralliement, le sentiment de faire partie du monde au milieu des autres et avec les autres. Le selfie c’est aussi ça, un repère, un symbole et pour beaucoup un encrage. Aujourd’hui chacun documente sa vie, tout le monde raconte sa propre histoire en images afin de sauvegarder comme le dit si bien Emily dickinson dans sa préface au livre de Bob Colacello : «l’espoir, cette chose avec des plumes qui se perche sur l’âme».

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